le 22 oct 2009

Entretien avec Jean-Pierre Voisin, Président de l’Agence d’Urbanisme Atlantique et Pyrénées

jp-voisinLa démarche d’aménagement durable (A)ménageons le Pays Basque a été initiée depuis le printemps 2009. Pouvez-vous nous indiquer ce qui l’a motivée ?

Aujourd’hui, nous ne pouvons plus fonctionner au fil de l’eau. Il est indispensable que les décideurs, et en particulier les élus, qui ne sont pas toujours des spécialistes, aient un regard éclairé sur toutes les problématiques liées à l’aménagement. Cette démarche entend contribuer à nous projeter dans le futur d’une manière qui ne cherche pas à être immédiatement opérationnelle. Il s’agit d’abord de rêver demain, puis de faire que ce rêve puisse devenir réalité. Nous ne sommes pas là dans une réponse à une commande précise d’aménagement. Il s’agit d’une démarche collective pour nous mettre tous en mouvement, pour palier au déficit de formation et d’information des élus, mais aussi de la société civile. C’est en effet une démarche qui implique tout le monde, pas uniquement des spécialistes, afin que toutes les personnes présentes sur le territoire dialoguent, écoutent, se forment, s’informent et ensemble s’engagent pour l’avenir. Nous allons imaginer comment mieux vivre ensemble dans 20, 30, 40 ans de la manière la plus collective possible en  nous appuyant sur une démarche participative et sur l’expertise spontanée des gens qui vivent le territoire au quotidien.

Quelle est la place du colloque dans cette démarche ?

Ce colloque de trois jours a l’intérêt de nous décentrer : il ne s’agit pas de travailler simplement sur une problématique propre au Pays Basque, mais bien de partager des réflexions et des expériences sur l’aménagement durable, en nous appuyant sur des sujets qui touchent directement notre territoire. Nous allons bénéficier des apports d’expériences de chercheurs, d’acteurs de terrain, venus de France et d’Europe. Il nous appartiendra ensuite d’en tirer les enseignements et de les transférer sur les problématiques propres au Pays Basque.

Quel est le rôle de l’Agence d’urbanisme dans ce projet ?

Dans le cadre de l’organisation de ce colloque, l’Agence d’urbanisme Atlantique & Pyrénées apporte ses compétences et son réseau. L’Agence est intégrée dans une fédération qui regroupe environ 1500 professionnels de haut niveau qui contribueront au rayonnement de cet événement. On a beaucoup parlé du Grand Paris et du concours organisé autour de ce projet d’aménagement. Pour le Pays Basque, nous mettons en Å“uvre quelque chose de similaire : nous rêvons pour demain et nous en sommes à la phase d’élaboration des outils qui nous permettront de donner vie à ce rêve.

Certaines thématiques abordées lors de ce colloque sont-elles plus particulièrement sensibles en Pays Basque ?

Peut-être la mise en cohérence de l’urbanisme et de la mobilité ! La situation présente est très insatisfaisante et nous allons tâcher de progresser en direction de la situation rêvée… Au mieux nous en avons pour 10 ou 15 ans, notamment pour la question des transports en commun dans l’agglomération du BAB (Bayonne-Anglet-Biarritz). La difficulté sera de gérer la transition et d’assumer en permanence les contradictions inhérentes à ce type d’évolution.

Est-ce que le Pays Basque est une échelle pertinente pour cette démarche d’aménagement ?

Toutes les échelles sont pertinentes à condition de n’en oublier aucune… Nous avons besoin de travailler sur de tout petits territoires, sur de très grands territoires, et nous avons besoin d’échelles intermédiaires. La commune, la communauté de communes, le Scot sont indispensables, mais nous avons aussi besoin de travailler au niveau du Pays Basque dans son ensemble, ou encore au niveau national et européen. Le projet LGV (ligne grande vitesse), de ce point de vue, renvoie à toutes les échelles, de la plus locale à la plus générale. Penser la côte basque sans l’intérieur des terres, serait absurde. Penser l’intérieur sans la côte, serait inimaginable. Penser le Pays Basque tout seul sans le relier à l’Aquitaine, à Euskadi de l’autre côté de la frontière, au territoire français dans son ensemble et à la péninsule ibérique, ce ne serait pas réaliste. L’échelle du Pays Basque, pour l’aménagement futur, c’est donc tout à fait pertinent.

Propos recueillis par Séverine Vatant

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