le 22 oct 2009

Entretien avec Jean-Jacques Lasserre, Président du Conseil des élus du Pays Basque

5574Qu’est-ce qui motive l’élaboration d’une démarche d’aménagement durable en Pays Basque ?

Nous sommes sur un espace plutôt restreint, limité par le littoral d’un côté, la montagne de l’autre, un espace extrêmement attractif et convoité (il suffit de voir l’évolution foncière ou immobilière de ces dernières années…). Il est important que les acteurs de la société civile et les acteurs politiques s’arrêtent un instant pour réfléchir à leur avenir et pour construire les bases d’un futur développement. C’est ainsi que nous avons décidé d’élaborer une Charte d’aménagement du Pays Basque. Cet outil n’aura pas valeur de contrainte, il offrira aux élus locaux un cadre qui guide et justifie leur action. Cette Charte doit être un outil fort de guidance, d’orientation, d’inspiration des politiques locales. La démarche (A)ménageons le Pays Basque est donc ponctuée d’événements importants, dont le colloque de novembre prochain. 

Qu’attendez-vous en tant que président du Conseil des élus de cette démarche d’aménagement durable ?

Nous ne pouvons pas rester sur une position de consommateur individuel. Chacun porte en soi un bout de responsabilité collective. J’attends que le maximum de personnes se sente concerné par l’avenir de ce pays. Que faire pour préserver et reproduire cette qualité de vie ? La qualité des paysages ? Pour prévenir les déviances, les exagérations qui portent en germe une destruction ? L’action publique ne peut être mise en Å“uvre que si ses propositions sont acceptables socialement, mais elle doit également être engagée sur la base d’analyses approfondies. C’est l’objectif de cette démarche.

Le territoire est-il déjà exemplaire sur ce qu’il fait ?

Nous sommes sans aucun doute un espace géographique plus chahuté et interpellé que d’autres, bouillonnant, convoité… Notre vie propre est colorée par l’attractivité du territoire et par des projets extérieurs, comme la ligne à grande vitesse par exemple. D’un territoire « au bout » de l’hexagone nous sommes devenus le principal point de passage Nord-Sud de l’Europe… Mais le Pays Basque est également un territoire qui a la faculté de passer un peu plus de temps que d’autres à se pencher sur son avenir, sur de la prospective, sur son développement. C’est un de nos points forts depuis une quinzaine d’années. Cela tient à la situation culturelle et à l’expression très vivace des points de vue. Il y a des problèmes particuliers dans ce pays et de la particularité de réactions. Mais chaque fois que le Pays Basque a pris le temps de la concertation, de la pertinence et de l’obstination dans un projet, cela a débouché sur des résultats concrets. C’est de cette façon que nous avons pris l’habitude d’aborder les questions qui nous préoccupent : que ce soit pour la langue basque, la culture, l’environnement, le foncier et le logement…  nous avons toujours pris le temps de la réflexion et de la concertation. En revanche, en termes très concrets d’aménagement, nous sommes plutôt en retard. Sur les relations physiques avec la capitale par exemple, nous sommes encore trop loin en train et toujours à 500€ en avion… En matière d’infrastructures routières, nous ne sommes pas au point. Nous avons encore des progrès à faire sur les questions sociales (hébergement des personnes âgées par exemple)… Il nous faudra aussi être attentifs à l’évolution des villes et des villages…

 Harmoniser et coordonner les différents niveaux de l’action publique est souvent complexe. En quoi l’échelle « Pays Basque » est-elle pertinente dans une réflexion sur l’aménagement durable ?

Nous avons été parmi les premiers en France à nous organiser sous forme de « Pays ». Le Pays Basque avait besoin d’une structure identifiée à ses propres frontières culturelles, pour répondre à ses propres enjeux. Nous ressentions le besoin que nos particularités soient prises en considération. Il fallait bien que nous ayons un cadre pour prendre la parole et faire avancer des initiatives. L’idée qui a sous-tendu la création du Conseil des élus, c’était de dire qu’il fallait créer un lieu où faire travailler ensemble tous les élus du territoire. Le Conseil de Développement, pour sa part, a répondu à une demande de la société civile. Nous avons découvert au fil des années que l’espace « Pays », parce qu’il est moins formel, moins soumis à des enjeux électoraux, nous autorise des espaces de réflexion qu’une collectivité locale ne nous autorise pas forcément. Il faut également accepter un peu d’imprudence et d’impertinence lorsqu’on envisage l’avenir : l’espace Pays nous le permet !

Propos recueillis par Séverine Vatant

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